TELUS demande au CRTC l’autorisation de verrouiller temporairement les nouveaux téléphones financés ou subventionnés sur son réseau.
Selon l’entreprise, cette période de 60 jours permettrait de réduire la fraude, le vol d’appareils et leur revente rapide à l’étranger. La proposition soulève toutefois une question importante : que peut réellement faire un voleur avec un téléphone moderne en 2026?
Entre le blocage du numéro IMEI, les protections d’Apple et de Google et la possibilité d’effacer un appareil à distance, le verrouillage au réseau ne représente qu’une couche parmi plusieurs autres.
Ce que TELUS demande au CRTC
Le 22 mai 2026, TELUS a déposé une demande auprès du CRTC afin que les fournisseurs canadiens puissent verrouiller pendant 60 jours les nouveaux appareils financés ou subventionnés.
TELUS souhaite obtenir une autorisation temporaire, puis faire modifier officiellement le Code sur les services sans fil afin de permettre cette pratique à plus long terme.
L’entreprise avait indiqué vouloir commencer à verrouiller les nouveaux appareils dès le 30 juillet. Le CRTC lui a cependant rappelé que les règles actuelles demeurent en vigueur tant qu’une autorisation formelle n’a pas été accordée. Les fournisseurs doivent donc continuer à vendre leurs appareils déverrouillés.
Depuis décembre 2017, les téléphones vendus par les fournisseurs canadiens doivent être déverrouillés dès leur achat. Cette règle avait notamment été adoptée pour faciliter les changements de fournisseur et stimuler la concurrence.
Pourquoi TELUS veut-il ramener le verrouillage?
Un téléphone haut de gamme peut aujourd’hui coûter plus de 2 000 $. Il est petit, facile à transporter et peut être revendu rapidement.
TELUS affirme qu’une partie des fraudes n’est détectée qu’après l’activation de l’appareil. Un téléphone peut notamment être obtenu avec une fausse identité, un compte compromis ou un moyen de paiement frauduleux, puis revendu avant même que la première facture soit payée.
En verrouillant l’appareil sur son réseau pendant 60 jours, TELUS espère réduire sa valeur immédiate. Le téléphone ne pourrait pas accepter librement une carte SIM provenant d’un autre fournisseur canadien ou étranger durant cette période.

Quels problèmes cette solution pourrait-elle créer?
Le verrouillage pourrait compliquer certaines fraudes, mais il toucherait également les clients légitimes qui financent leur téléphone.
Une personne pourrait vouloir utiliser une carte SIM locale pendant un voyage, changer rapidement de fournisseur, transférer l’appareil à un proche ou profiter d’une promotion offerte par un concurrent.
TELUS prévoit certaines possibilités de déverrouillage anticipé. Il faudrait alors contacter le fournisseur et possiblement passer par des vérifications supplémentaires.
Cette procédure pourrait créer une friction au moment de changer de réseau. Elle placerait aussi le fournisseur dans la position de décider si la demande de déverrouillage est suffisamment justifiée.
Le mécanisme doit donc trouver un équilibre délicat. S’il est très facile d’obtenir un déverrouillage anticipé, les fraudeurs pourraient aussi en profiter. S’il est difficile, les consommateurs honnêtes risquent d’en subir les conséquences.
Mais surtout, le verrouillage réseau ne répond pas à toutes les utilisations possibles d’un téléphone volé.
Que peut-on vraiment faire avec un téléphone volé?
Tout dépend de la manière dont le téléphone est protégé et de son état au moment du vol.
Un téléphone fermé, protégé par un code robuste et toujours associé au compte Apple ou Google de son propriétaire est beaucoup moins facile à exploiter qu’un appareil volé pendant son utilisation.
Accéder aux données personnelles
Le risque le plus important survient lorsqu’un téléphone est volé alors que son écran est déverrouillé ou que le voleur connaît son code.
La personne pourrait tenter d’accéder aux courriels, messages, photos, réseaux sociaux et informations affichées dans les notifications. Certaines applications bancaires et certains gestionnaires de mots de passe demanderont une nouvelle authentification, mais toutes les données ne sont pas protégées de la même manière.
Apple offre la fonction Protection en cas de vol de l’appareil. Lorsqu’elle est activée, certaines opérations sensibles exigent Face ID ou Touch ID, sans possibilité d’utiliser simplement le code de l’iPhone.
Android propose également plusieurs outils antivol, dont Theft Detection Lock, Offline Device Lock, Remote Lock et Identity Check sur les appareils compatibles. Ces fonctions peuvent verrouiller automatiquement l’écran lorsqu’un vol est détecté ou exiger la biométrie pour modifier des paramètres sensibles.
Un verrouillage TELUS de 60 jours ne protégerait pas directement les données contenues dans le téléphone.

Utiliser la carte SIM ou le numéro de téléphone
Si le téléphone contient une carte SIM physique sans NIP, celle-ci peut parfois être retirée et placée dans un autre appareil avant que la ligne soit suspendue.
Le voleur pourrait alors recevoir certains appels ou textos destinés au propriétaire, y compris des codes de vérification envoyés par SMS.
Une eSIM est plus difficile à retirer physiquement, mais il demeure essentiel de contacter rapidement le fournisseur pour suspendre la ligne.
Le verrouillage proposé par TELUS limiterait les cartes SIM acceptées par le téléphone lui-même, mais il ne remplacerait pas la protection de la ligne et du compte mobile.
Réinitialiser et revendre le téléphone
Réinitialiser un téléphone moderne ne suffit généralement plus à le transformer en appareil prêt à vendre.
Sur iPhone, Activation Lock maintient l’appareil associé au compte Apple de son propriétaire. Sur Android, Factory Reset Protection exige le code de l’écran ou les identifiants d’un compte Google précédemment synchronisé avec l’appareil. Sans ces informations, le téléphone ne peut normalement pas être configuré après sa réinitialisation.
Ces protections perdent cependant leur efficacité si le propriétaire retire volontairement l’appareil de son compte après avoir reçu un faux message ou une fausse demande de récupération.
Utiliser le téléphone sur un autre réseau
Le propriétaire peut demander à son fournisseur de suspendre le service et de bloquer le numéro IMEI de l’appareil.
Ce blocage empêche normalement le téléphone d’utiliser les réseaux mobiles canadiens participants, même avec une nouvelle carte SIM. Google indique d’ailleurs que le fournisseur peut utiliser le numéro IMEI pour désactiver l’appareil sur son réseau.
Le verrouillage au réseau TELUS et le blocage IMEI ne sont toutefois pas la même chose.
Un appareil verrouillé peut encore fonctionner sur le réseau autorisé. Un appareil placé sur une liste noire IMEI devrait être refusé par les réseaux qui consultent cette liste.

Exporter le téléphone
Un téléphone bloqué au Canada peut parfois conserver une valeur dans un pays où la liste noire canadienne n’est pas reconnue ou appliquée de la même manière.
C’est probablement l’un des scénarios que TELUS cherche principalement à limiter. Un appareil verrouillé au réseau d’origine serait plus difficile à utiliser immédiatement avec un fournisseur étranger.
La mesure ne garantit cependant pas que le verrouillage ne pourra jamais être contourné ou que l’appareil ne sera pas vendu pour ses pièces.
Revendre les composants
Même inutilisable comme téléphone complet, un appareil récent peut contenir des composants de valeur.
L’écran, les caméras, la batterie, le boîtier et d’autres pièces peuvent servir à réparer plusieurs appareils. Certains fabricants associent désormais davantage de composants au compte ou au numéro de série du téléphone, mais la valeur des pièces n’a pas entièrement disparu.
Un verrouillage réseau de 60 jours aurait peu d’effet sur ce marché.
Piéger le propriétaire avec un faux message
Un téléphone volé peut aussi devenir un appât.
Le propriétaire peut recevoir un message affirmant que l’appareil a été retrouvé ou localisé. Un lien conduit alors vers une fausse page Apple, Google ou policière destinée à récupérer ses identifiants.
Le but est souvent de convaincre la victime de retirer le téléphone de son compte. Cette action peut désactiver les principales protections contre la réactivation.
Apple recommande de marquer l’appareil comme perdu et de ne pas le retirer du compte lorsque sa récupération est incertaine.
Les différentes protections ne font pas la même chose
| Protection | Fonction principale |
|---|---|
| Verrouillage TELUS | Empêcher temporairement l’utilisation de cartes SIM provenant d’autres réseaux |
| Code et biométrie | Empêcher l’accès aux données et aux applications |
| Activation Lock ou Factory Reset Protection | Empêcher la réactivation après une réinitialisation |
| Liste noire IMEI | Bloquer l’accès aux réseaux mobiles participants |
| Find My ou Find Hub | Localiser, verrouiller ou effacer l’appareil à distance |
| NIP de la carte SIM | Empêcher l’utilisation de la SIM physique dans un autre appareil |
Le verrouillage réseau pourrait donc réduire une partie de la valeur commerciale d’un téléphone frauduleux, mais il ne protège ni les données, ni le numéro de téléphone, ni les comptes du propriétaire.

Que faire si votre téléphone est volé?
Il faut d’abord utiliser Find My sur iPhone ou Find Hub sur Android pour localiser et verrouiller l’appareil. Google permet de marquer un téléphone comme perdu, de le verrouiller et, en dernier recours, d’effacer ses données à distance.
Contactez ensuite votre fournisseur pour suspendre la ligne et demander le blocage du numéro IMEI.
Si le téléphone était déverrouillé au moment du vol ou si son code a pu être observé, changez rapidement les mots de passe du compte Apple ou Google, du courriel principal et des services financiers.
Enfin, ne retirez pas l’appareil de votre compte, même si vous recevez un message affirmant qu’il a été retrouvé.
Une solution partielle à un problème beaucoup plus large
La proposition de TELUS pourrait ralentir certaines fraudes et rendre plus difficile la revente immédiate d’un appareil financé.
Elle pourrait aussi créer de nouvelles contraintes pour les consommateurs qui voyagent, changent de fournisseur ou souhaitent utiliser une deuxième carte SIM.
Surtout, un téléphone volé ne tire pas uniquement sa valeur de sa capacité à se connecter à un autre réseau. Les données, les comptes, le numéro de téléphone, l’exportation, l’hameçonnage et les pièces détachées font également partie de l’équation.
Le CRTC devra donc déterminer si un verrouillage généralisé de 60 jours apporte une protection suffisante pour justifier le retour d’une restriction disparue du marché canadien depuis 2017.